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Momo Wandel
© Benjamin MiNiMuM

Portrait de: Momo Wandel

Avec toute l’improvisation qu’affectionnait Momo, le réalisateur Laurent Chevallier nous embarque camera à l’épaule dans l’intimité d’une famille qu’il considérait comme sienne, sur les chemins de traverse de la carrière du jazzman aux grimaces légendaires. Depuis ses débuts sur la scène guinéenne dans le Ballet National de Sékou Touré, premier président de ce pays précurseur de l’indépendance, Momo n’a jamais cessé de ramener le jazz vers ses racines africaines. C’est avec le président Touré, qui ne se séparait jamais de son ballet, véritable fierté nationale, qu’il se produit à l’étranger et rencontre "les grands de ce monde". Le chef de l’Etat envoya ses musiciens animer les clubs du pays, à eux d’inventer un style dansant, adapté à la clientèle des années charnières de la pré-décolonisation. De fin 1930 à 58, heure de l’indépendance, Momo dessinait donc les contours d’un afro jazz qu’il distillait dans les dancings de la capitale. En tant que salarié musicien de l’État, Momo Wandel bénéficiait d’une place privilégiée dans le système, et en tant que tel, il jouera encore plus de 20 ans dans cette routine.

Début 1980, les années sombres de Momo. Sékou Touré meurt, suivi du propriétaire et ami du club dans lequel il jouait chaque semaine. Le réalisateur Laurent Chevallier tourne son documentaire Djembefola sur Mamady Keïta quelques années plus tard à Conakry, où il rencontre notre jazzman. Il l’invite à participer à la bande originale de son prochain film, adapté de l’Enfant Noir de Camara Laye, et, comme si un nœud s’était scellé entre eux, ils ont fini par s’appeler père et fils. Momo Wandel ressort de ses méandres et enregistre ce premier album avec François Kokelaere, après soixante ans de carrière. S’en suivra une collaboration de 10 ans entre le musicien et le réalisateur, au cours desquelles seront capturés ces petits instants de vie, ces moments de création jusqu’à ceux de peine, presque impudiques, au chevet du doyen.

Momo ne reçoit les honneurs de l’Occident que sur le tard. Il ne les cherchait pas pour le prestige, mais plutôt pour cette cause qui veut que la musique est le reflet d’une culture, celle-là même qu’il a toujours voulu faire éclater aux yeux du monde. Il fonde le Baobab Circus, la première formation de cirque de l’ouest africain, avec laquelle il se produit en Afrique et en France notamment. Première reconnaissance européenne simultanée en tant qu’artiste jazz, même si l’on sait qu’il n’a jamais atteint les sommets de la gloire qu’il méritait. Il se produit accompagné de grosses formations de percussions (wood drum, balafon…), kora, apportant également beaucoup d’autres instruments africains. Toujours avec ce souci de montrer des richesses trop souvent écrasées par le folklore. C’est dans cette veine qu’il incitait le joueur de bolon Amadou Camara à jouer jazz, avec des cordes frappées à la manière d’une contrebasse. Ses envolées d’onomatopées gravaient ses airs dans les cerveaux de ses compagnons de jeu, et ses amis n’ont visiblement pas l’intention de les oublier. La nouvelle génération Wandel s’est greffée aux anciens musiciens et amis pour former Fölifö, un nouveau groupe d’afro jazz, et perpétuer la mémoire du Doyen. Ils ont signé la bande originale du Dernier Roi d’Écosse.

Ce film a mis trois bonnes années à éclore après le décès de Momo Wandel. On y retrouve toutes ces interactions, presque indissociables ici, entre talent, sensations et émotions. Depuis sa première femme Hadja et ses amis musiciens jusqu’au Directeur National de la Culture de Guinée des années Touré, il se révèle difficile de parler de Momo sans que les larmes ne viennent charger la gorge de ceux qui l’on connu. Il était aux yeux de tous le détenteur du record de longévité pour un artiste africain, et il s’amusait à dire qu’il était "en forme sur tous les points". C’est finalement un arrêt cardiaque qui l’a stoppé dans son élan fin 2003, et la blessure vive qu’il a laissée semble s’être imprégnée sur la pellicule.

Bérangère Bouvet




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